Comité de suivi FSMagh

Rapport de la réunion du comité de suivi FSMagh
Casablanca-20-21/03/2009
Forum Social Maghrébin, bilan et perspectives :
Le Comité de Suivi du Forum social Maghrébin a tenu sa réunion du 20 au 21 mars 2009 à Casablanca. L’ordre du jour comportait quatre principaux points, à savoir :
o le bilan du processus du FS Maghreb et de la première édition du FS Maghreb à El Jadida ;
o les perspectives pour le processus du FS Maghreb pour les 2 années 2009-2010 ;
o le FS Maghreb la possibilité d’ouverture sur le Machrek (suite de l’atelier organisé à Belém par le FMAS et Alternatives International) ;
o la réunion du Conseil International du FSM prévue en mois de mai au Maroc.
I- BILAN DU PROCESSUS
Bien du chemin a été parcouru depuis l’appel de 2004 pour un Forum Social Maghrébin, lors du 2ème Forum Social Maroc. Malgré les difficultés liées aux conditions politiques de la région, les pesanteurs culturelles, le difficile apprentissage du travail dans le cadre de la Charte de Porto Allègre, la faiblesse des ressources humaines et financières, le 1er Forum Social Maghreb a pu se tenir. Qui aurait pu, dans les conditions du Maghreb, parier en 2004 que le seul espace maghrébin qui se construit réellement est l’espace du Forum Social Maghrébin ?
Selon Cherbib, militant tunisien et membre du conseil de suivi de FS Maghreb, il ne s’agit pas seulement d’évaluer le déroulement de la première édition du FS Maghreb, mais il serait intéressant d’établir un diagnostique pour la totalité du processus qui a mené jusqu’à l’organisation de cet événement remarquable pour les peuples de la région. Ce processus a été entamé depuis 2004, et a permis au Forum Social de constituer un large réseau incluant une multitude d’associations et d’organisations défendant les droits des groupes et individus dans la région du grand Maghreb.
Le FS Maghreb qui s’est donné comme tâche d’œuvrer pour la construction effective d’un Maghreb des peuples. Cette dimension est centrale comme elle se retrouve clairement dans la charte :
« la dimension maghrébine n’est ni un concept creux, ni une vue de l’esprit, elle correspond non seulement à une histoire séculaire brisée par les guerres coloniales, mais elle est une nécessité actuelle et structurelle face à l’offensive européenne et les tentatives américaines de domination de la région. L’échec des Etats de la région à réaliser l’unité du Maghreb, les conflits régionaux nous mettent dans l’obligation de recherche d’alternatives pour créer un espace maghrébin de paix, de prospérité, de démocratie et de souveraineté populaire. ». Ce forum s’inscrit évidemment dans le cadre des forums sociaux et dans la mobilisation mondiale des mouvements sociaux contre la mondialisation néolibérale.
Depuis le début, ce processus a connu plusieurs évènements marquants : l’assemblée préparatoire de Bouznika, les rencontres maghrébines lors des journées mondiales de lutte et de solidarité (janvier 2008) sans oublier les différentes rencontres du Comité de Suivi.
Le premier FS Maghreb qui était initialement sensé se tenir en Mauritanie en 2007, puis reporté à 2008 du fait des difficultés politiques en Mauritanie, a eu lieu à El Jadida au Maroc les 27-28 et 29 juillet 2008 comme décidé lors de la rencontre du Comité de Suivi du FS Maghreb des 20 et 21 mars 2008 à Casablanca.
Grâce à la mobilisation de larges composantes des mouvements sociaux maghrébins en général et marocain en particulier (pays hôte du Forum) et grâce à la contribution des dynamiques subsaharienne et internationales, le premier forum social maghrébin a pu atteindre ses objectifs tels qu’ils sont inscrits dans son programme et ce malgré les tentatives (vouées à l’échec) des agents de certains gouvernements des pays maghrébins à faire avorter le projet.
La mobilisation, la participation et le déroulement
o en termes de mobilisation, le 1er FSMaghreb a connu la participation de près de 2300 participantes et participants des mouvements sociaux venus de 28 pays du Maghreb, du Moyen Orient, de l’Afrique subsaharienne (9 pays), d’Europe et d’Amérique confirmant le choix de sa dimension africaine, arabe et mondiale tant au niveau de la participation que du contenu des débats et des conclusions ;
o près de 750 organisations et dynamiques des mouvements sociaux ont participé aux débats réalisant ainsi un élargissement de la participation et un ancrage dans le travail de proximité des luttes sociales ;
o le 1er Forum Social Maghreb a permis à la fois une visibilité des mouvements sociaux dans la région et un fort élan de solidarité avec les populations en lutte pour la liberté et la dignité, pour leurs droits économiques, sociaux, civils, culturels et politiques ;
o la jeunesse dont la participation a dépassé les 52% a été au cœur de l’organisation et de l’animation de l’évènement et lui insuffle l’espoir dans un avenir et un Maghreb meilleurs ;
o plus de 35% des participants sont des femmes en lutte donnant corps et consistance à la marche des femmes pour l’égalité et la dignité ;
o l’ensemble des axes retenus par le programme a été abordé en 24 séminaires (soit 3 par axe thématique programmé) et 38 ateliers (sur 42 programmés), parfois de manière passionnée mais avec la certitude d’aboutir à des conclusions communes, concertées, et la ferme intention par les organisations engagées dans la dynamique du forum social, de mettre en place les modalités pour leur suivi et leur réalisation.
Le comité de suivi rend un hommage particulier aux 80 jeunes de l’Action Jeunesse qui ont assuré l’organisation technique et logistique tout au long du forum ainsi qu’au Comité d’organisation constitué des syndicats et d’associations de la ville d’El Jadida.
Une dynamique de réseaux qui se structure
Le Forum Social Maghreb, au delà des échanges, de l’écoute, de l’acceptation et de la confrontation des idées dans le respect de la diversité, est un epace de construction du Maghreb des Peuples. Une des stratégies qui a guidé ce forum jusqu’à présent consiste en la mise en réseau des dynamiques à travers le Maghreb. Elle a permis :
o le renforcement du réseau des femmes du Maghreb et leur engagement à unifier leurs luttes contre la culture patriarcale dominante, pour une autonomisation des femmes et une citoyenneté pleine et entière ; et dans un Maghreb sans violence à l’égard des femmes ;
o la Coordination Maghrébine des Organisations des Droits de l’Homme a consacré les efforts engagés depuis 2006 (à l’occasion de l’Assemblée Préparatoire du FSMaghreb) par la formalisation du CMODH, l’adoption de ses statuts et son programme d’action transversale ;
o l’espace du forum a toujours apporté une grande attention aux questions migratoires, le Maghreb initialement terre d’émigration est devenu aussi au fil des années une région de transit et d’immigration. La question migratoire n’est plus unidimensionnelle mais tridimensionnelle. Le 1er FSMaghreb a consacré une attention toute particulière à la condition dramatique des migrants, réfugiés et demandeurs d’asile au Maghreb et en Europe. L’espace migration a été l‘occasion de réitérer le soutien par les associations et les militant(e)s participant(e)s aux droits fondamentaux des migrants de par le monde ;
o la présence des syndicats en lutte au Maghreb a permis d’avancer sur la déclaration commune des syndicats marocains, algériens, tunisiens et mauritaniens adoptée en juin 2008 à Mohammadia sur la reconstruction du mouvement syndical, sur la solidarité intermaghrébine et la mise sur pied d’un Forum Social Syndical Maghrébin dans le cadre du Forum Social Maghreb ;
o ;un renforcement et un élargissement du réseau maghrébin travaillant sur la problématique de l’eau et la protection de l’environnement a eu lieu
o l’atelier sur la résolution du conflit du Sahara qui a connu la participation de plus de 600 personnes a permis de marquer une avancée notable dans le renforcement de l’espace de débats dans le respect de la diversité des positions ;
o la question palestinienne, présente dès l’ouverture du Forum, a été une nouvelle occasion pour les mouvements sociaux de réitérer leur soutien à la lutte des peuples palestiniens et irakiens et leur engagement à la lutte contre l’impérialisme américain, contre la guerre globale, contre la militarisation dont seuls les peuples en font les frais ;
o les déclarations et communiqués n’ont pas manqué de réitérer leur engagement pour la construction du Maghreb des Peuples fondée sur l’égalité des droits, et leur engagement à lutter conjointement contre le néolibéralisme, la marchandisation du monde, contre la destruction des ressources naturelles, et pour un Maghreb démocratique et un monde meilleurs.
La charte du Maghreb des peuples :
Un moment fort du premier Forum Social Maghrébin a été l’adoption par l’assemblée des peuples du Maghreb de la charte du Maghreb des peuples. Cette charte est notre première contribution à la construction du Maghreb, elle est aussi un complément à la charte de Porto Alegre, complément qui se focalise spécifiquement sur les conditions particulières de notre région. L’idée d’une charte du FS Maghreb remonte à l’assemblée préparatoire de Bouznika : les premières discussions ont eu lieu au sein du comité de suivi pour être ensuite élargies à l’ensemble des dynamiques maghrébines. Lors des rencontres de Bouznika II, un atelier, auquel ont participé plus d’une cinquantaine d’organisations et de dynamiques, a dessiné l’architecture de cette charte. Un comité de rédaction a ensuite fait une proposition de texte qui a été soumis à toutes les organisations et associations (syndicats, droits humain, travail de proximité, associations féminines …). De sorte que chacun a pu ajouter sa pierre à cet édifice.
« Les mouvements sociaux du Maghreb, sur la base de ces principes et ces valeurs citoyennes, démocratiques et universelles, sont partie intégrante des mouvements nés un peu partout à travers la planète, exprimant la volonté des peuples de bâtir un autre monde. Ils renforcent la dynamique internationale de résistance citoyenne à l’offensive néolibérale et se renforcent à travers elles. »
Situation financière :
Il a été enregistré avec satisfaction que le secrétariat du Forum des Alternatives Maroc a su surmonter le déficit financier qui se posait de manière critique lors du déroulement du FSMaghreb.
A l’occasion de ce forum, une caisse de solidarité a été mise en place et a permis de subvenir partiellement aux frais de participation des diplômés au chômage et des immigrés subsahariens qui vivent dans des conditions précaires. Il s’agit pour l’avenir d’organiser et de formaliser cette caisse pour permettre à chacun de participer..
Les associations parties prenantes au forum social maghrébin et qui disposent de certaines possibilités financières, tels que par exemple les syndicats, pourraient faire un effort financier afin de renforcer la lutte commune pour la construction de ce Maghreb.
Les lacunes et les défaillances
Le Comité de Suivi a relevé les défaillances du processus du Forum Social Maghrébin :
o la fragilité politique de la région handicape fortement la planification à long terme de la tenue du FS Maghreb. Le Forum devait s’organiser en Mauritanie. Il a connu plusieurs reports depuis 2007. Ce n’est qu’à moins de 4 mois de l’échéance qu’il a été décidé de le tenir au Maroc, ce qui laisse très peu de temps pour affiner l’organisation (logistique, contenu et visibilité…) ;
o on n’obtient qu’une faible plus value en termes de production d’idées. La majorité des interventions n’était pas écrites et de ce fait il n’y a pas d’effort de conceptualisation des expériences et de sauvegarde de la mémoire. Des discours oraux ne sont pas suffisants pour assurer un cumul et une véritable plateforme scientifique, historique et intellectuelle ;
o seul le FMAS au Maroc a veillé sur l’organisation technique du Forum, sans qu’il y ait une grande contribution et coopération des autres organisations de la région. Il est impératif que les diverses composantes du mouvement social introduisent dans leurs stratégies de travail et leurs plans d’actions l’agenda des Forums sociaux et y consacrent les minimums nécessaires pour une plus forte implication ;
o il se dégage le sentiment que les maghrébins sont des « invités » du FSMaroc. Ce qui nécessite une plus grande implication des autres dynamiques maghrébines ;
o le forum n’a pas connu une large médiatisation. En dehors du Maroc (lieu de tenue du forum) où la couverture médiatique a été honorable, les autres médias maghrébins en ont très peu parlé. Nous devons dans l’avenir mettre plus de force pour mieux impliquer ne fût-ce que les quelques médias indépendants qui existent dans l’espace maghrébin ;
o les recommandations issues des diverses rencontres ne sont pas suivies de concrétisation et de mise en œuvre. Mais est-ce le rôle de cet espace ? Comment impulser la mise en œuvre ? Le Comité de suivi du FS Maghreb devrait appuyer et catalyser la concrétisation des recommandations issues des diverses rencontres ;
o il n’y pas eu de manifestation de rue des participants comme cela se fait habituellement dans tous les Forums sociaux de par le monde ;
o les participant(e)s ne sont pas fortement imprégné(e)s de l’esprit du Forum social et de la Charte de Porto Alegre, ce qui nécessite un travail pédagogique et politique pour mieux s’imprégner des valeurs issues du processus des forums sociaux ;
o il n’y a pas de la part des participants au Forum une contribution à généraliser l’information et la vulgarisation du processus du FS Maghrébin au niveau des autres pays de la région. Comment remédier à cette carence ? Le site ne semble pas combler ce déficit d’information. Les membres du Comité de Suivi devraient organiser des rencontres d’information dès leur retour dans leurs régions respectives ;
o les ateliers autogérés éclatent le forum et il est nécessaire de travailler sur l’agglutination et la mise en réseaux ;
o on déplore également la faible implication des mouvements maghrébins dans l’agenda régional et international. A ce titre, nous venons de rater deux évènements majeurs, le cinquième forum social africain de Niamey et le forum social mondial de Belém. Au forum social africain notre participation a été faible et nous n’avons animé aucune activité par manque de préparation. Quant au forum social de Belém, s’il y a une participation de maghrébins, elle était faible et elle n’était pas là sous la casquette FS Maghreb. Nous devons à l’avenir mettre un peu plus d’énergie dans la participation dans de telles rencontres.
Au-delà de ces remarques, des questions de fond ont été soulevées :
• Quelle est la fonction du FS Maghreb ?
• Comment impulser les luttes pour le Maghreb des Peuples ?
• Comment impulser les solidarités intermaghrébines ?
• Comment maintenir le processus d’élargissement, d’ancrage et d’approfondissement ?
• Comment assurer la viabilité du processus dans les conditions de fragilité sinon d’absence d’espaces de libertés et de démocratie ?
La solidarité intermaghrébine
Notre processus ne peut se renforcer que s’il est capable de mettre en place des réseaux effectifs de soutien et de solidarité intermaghrébine. Il doit permettre aux luttes, aux militants et aux associations de trouver un renfort au sein de l’ensemble du Maghreb. Un premier pas a été franchi dans la mise en pratique de ce réseau de solidarité afin d’assurer un soutien aux populations du bassin minier de Ghafsa en grève pour défendre leur droits légitimes. En effet, avant et lors de tous procès qui ont eu lieu, des délégations de syndicalistes et des militants des droits humains algériens et marocains se sont rendus sur les lieux pour monter, par une présence physique, un soutien maghrébin aux militants ainsi qu’à leur famille. A priori cela peut sembler marginal mais il n’en est rien au contraire. Cet exemple nous démontre que le résultat de ce type d’intervention peut aller au-delà de nos espérances : avant la venue des maghrébins, une délégation européenne s’était rendue sur place, le régime tunisien en a alors profité pour lancer une campagne médiatique de dénigrement sous prétexte « d’ingérence étrangère »,
Un processus qui va de l’avant
Malgré ces difficultés, les membres du Comité de suivi du FS Maghreb, ont constaté que la dynamique est en pleine évolution et mérite d’être poussée encore plus en avant. Il va de soi que le Forum Social Maghrébin reste un espace de visibilité des luttes sociales, un lieu de réflexion et d’échanges, un lieu d’articulations des luttes, des solidarités et un lieu de mise en réseaux. Les Organisations appartenant à cet espace devraient créer des actions et contribuer au développement du forum en veillant à son élargissement et à la concrétisation de ses recommandations.
Les membres du comité de suivi ont affirmé également qu’il est temps de s’ouvrir à de nouvelles pistes de réflexion, notamment. Ils ont conclu qu’il reste un énorme travail à faire, et que le mouvement social dans chaque région du Maghreb a besoin de s’élargir et s’élargir à l’ensemble des ONG dont l’objectif est de construire un mouvement social solide et capable de lutter pour un Maghreb meilleur, pour un autre monde.
Tous les intervenants ont affirmé qu’il s’agit d’un succès manifeste et qu’il fait peur aux Etats, particulièrement la Lybie et la Tunisie qui ont délégué leurs agents pour intimider les militant(e)s tunisie(ne)s et lybiens. Il dérange en Mauritanie. Et il n’est pas évident de l’organiser en Algérie, le gouvernement algérien ayant interdit la tenue du Forum Social Algérie. Le Maroc reste, du fait des luttes menées pour l’élargissement des libertés, le seul espace, quoique fragile, où il est possible d’organiser des manifestations de cette envergure.
II- PERSPECTIVES DU FSMAGHREB
En Mars 2008, , pour maintenir l’élan du processus, et devant le refus de l’Etat mauritanien de permettre au Forum Social de se tenir à Nouakchott, et tenant compte des retombées positives catalysées par ce processus dans l'ensemble de la région maghrébine et de l'agenda international des mouvements sociaux, de l'exacerbation des conflits sociaux dans la région, et du débat international sur la portée et la finalité des forums sociaux , le Comité de Suivi du FS Maghreb, réuni à Casablanca (extraits de l’annonce presse) :
1. réitère son attachement au projet, plus que jamais à l'ordre du jour, de l'édification d'un Maghreb des Peuples,
2. considère que le Forum Social Maghreb est un espace et un outil fondamental pour la réalisation du projet du Maghreb des Peuples,
3. décide, tenant compte de l'évolution de la situation politique et sociale dans les différentes régions de l'espace maghrébin, et compte tenu de la nécessité de faire avancer le processus, qui risque par les multiples reports, d'aboutir à une démobilisation des forces sociales porteuses de ce projet, d'apporter un réaménagement à l'agenda du Forum Social Maghrébin,
4. partant de ce qui précède, ainsi que du souci de préserver les acquis des dynamiques et réseaux mobilisés depuis l'Assemblée Préparatoire de Bouznika, le Comité de Suivi Elargi décide :
- de tenir le 1er Forum Social Maghrébin les 25-26 et 27 juillet 2008 au Maroc,
- de mettre tout en œuvre pour la tenue du 2ème Forum Social Maghrébin en 2009 en Mauritanie, étant entendu que la décision finale repose sur la dynamique sociale en Mauritanie.
Cette décision semble compromise. Les camarades mauritaniens présents (UMTL, Publish what you Pay et le Forum des ONG des Droits de l’Homme, le FONAD) ont dressé un tableau politique et social de la Mauritanie d’où il ressort :
1. la société civile en Mauritanie est beaucoup plus mûre aujourd’hui et consciente plus qu’avant des significations d’un forum social et de ses objectifs malgré le fait que les comptes rendus des réunions et les participants aux diverses rencontres ne vulgarisent pas l’information. Jusqu’à un temps récent les ONG croyaient qu’il s’agissait d’une opportunité pour la levée des fonds et le financement de leurs activités respectives, ce qui a créé des dissensions importantes au sein des associations ;
2. toutefois, le pays traverse une situation critique du fait du coup d’état militaire, ce qui ne favorise pas la tenue d’un Forum Social en Mauritanie dans les conditions actuelles. Le pays connaît des restrictions des libertés syndicales et associatives ;
3. à côté de la répression, le pays, aussi paradoxal que cela puisse paraître, connaît une redynamisation de la société civile qui lutte pour un retour inconditionnel à la légalité constitutionnelle ;
4. le mouvement social est aujourd’hui divisé entre les opposants au coup d’Etat et ceux qui soutiennent le coup d’Etat. Au sein par exemple du Forum Social Mauritanien (constitué en association reconnue par l’Etat), les deux tendances existent y compris au sein du bureau dirigeant.
De ce fait, les participants mauritaniens, qui se sont concertés entre eux, estiment qu’il faudrait leur accorder un délai de 15 jours pour réunir les composantes du mouvement social mauritanien, les informer des divers développements du processus et permettre une prise de position collective qui tienne compte des diverses « familles » composant le mouvement social mauritanien.
Il va de soi que toute proposition pour la tenue du forum social devrait répondre à 3 questions fondamentales :
- les conditions politiques et la position de l’Etat du pays qui héberge le forum,
- la situation du mouvement social et sa capacité à travailler en concertation pour l’organisation de l’événement,
- les conditions logistiques et financières pour la tenue du Forum.
Pour l’ensemble du comité, l’organisation du FS Maghreb en Mauritanie contribuerait à l’élargissement des libertés et renforcerait le processus démocratique ainsi que le mouvement social en Mauritanie.
Une réponse et une proposition concrète devraient parvenir dans les 2 mois qui suivent la réunion du Comité pour l’intégrer dans un plan d’action qui ne devrait plus bâtir son agenda sur l’unique tenue du Forum Social.
Une proposition a été faite également pour le tenir en Algérie même s’il y a interdiction de la part des autorités algériennes. Cette proposition n’a pas été retenue du fait qu’il faudrait que l’évènement, à défaut d’être autorisé, soit au moins toléré.
o Toutefois pour ne pas retomber dans la même situation que celle de 2007 et 2008, un plan d’action global devrait être élaboré pour les deux années à venir (2009 et 2010) et cela se traduira par l’organisation d’une série de Forums Thématiques dans la région du Maghreb afin de renforcer les dynamiques sociales et le travail de proximité. Les dynamiques sociales de la région devraient alimenter ce programme par des propositions concrètes dans un délai n’excédant pas les deux mois. Il s’agit de renforcer la dynamique syndicale et les débats engagés à Bouznika et Mohammadia au Maroc,
o la thématique des droits de l’homme en coordination avec la CMODH,
o le processus engagé par la marche maghrébine des femmes en veillant à un ancrage social du mouvement dans la proximité,
o la dynamique sur le droit à l’eau et la sauvegarde des ressources naturelles et l’environnement.
Il s’agit également de
o créer des espaces de débat sur la crise actuelle et sur la dette, sur les accords de libre-échanges et les impacts des choix néolibéraux sur la région maghrébine,
o s’ouvrir sur les nouveaux acteurs du mouvement social en intégrant les thématiques sur la cherté de la vie, sur le travail de proximité…
o travailler au renforcement des dynamiques régionales et la mobilisation dans les régions,
o continuer l’action menée depuis 2006 sur la résolution des conflits dans la région et la question des guerres et de la militarisation,
o mobiliser le mouvement social sur la question de la diversité culturelle et sur les droits culturels,
o travailler à l’implication de la jeunesse et des femmes comme préoccupation transversale à l’ensemble de ces activités.
o finaliser le compte rendu d’Al Jadida,
o s’inscrire dans l’agenda maghrébin en organisant des activités à l’occasion d’évènements marquants de l’histoire de la région (ex. la commémoration de l’Appel de Tanger…),’inscrire dans l’agenda du forum social africain et dans l’agenda international. Dans cet esprit, il importe de lancer conjointement dans diverses régions du Maghreb, des activités pour la commémoration de la Journée de la Terre le 30 mars 2009.
Le Comité de Suivi, abordant la question de l’organisation du Forum Social Mondial de 2011 dans un pays africain, a estimé qu’aucun des pays du Maghreb ne se porte candidat pour cette échéance et qu’il apportera son appui au mouvement social africain subsaharien qui se porterait candidat pour organiser cet évènement.
III- L’ELARGISSEMENT REGIONAL
Le deuxième jour de la réunion du Comité de Suivi a porté sur la discussion de la possibilité de procéder à un élargissement de l’expérience du FS Maghreb vers le Moyen Orient. Certaines propositions ont espéré une ouverture sur les dynamiques et mouvements sociaux de la région méditerranéenne, d’autres ont mis l’accent sur la priorité de l’Afrique subsaharienne, alors que quelques intervenants ont manifesté leur volonté de « sauvegarder la notion du Maghreb, et se limiter à ses frontières ».
Malgré ces remarques, le Comité de Suivi retient l’élargissement de l’expérience vers le Machrek du fait de plusieurs considérations :
1. la région est sous l’effet d’une impérialiste et néolibérale qui nécessite une intégration dans les préoccupations des mouvements sociaux de la région ;
2. cette ouverture n’est en fait que la consécration d’un processus où le Moyen Orient a toujours été présent dans les forums sociaux de la région et ce depuis le Forum social Maroc en 2002 et jusqu’au processus du FS Maghreb depuis 2006 ;
3. les différentes régions citées connaissent un processus engagé sur l’organisation des forums sociaux. Seule cette région, lieu de conflits, de carences démocratiques, n’a pas réussi à engager le processus malgré deux tentatives tombées dans l’oubli ;
4. il est temps de s’ouvrir sur le Machrek tout en abolissant les stéréotypes qu’on a à son sujet avec une nouvelle culture issue du mouvement altermondialiste et du mouvement anti-guerres. La région qui a connu de grands mouvements de libération, sombre sous les effets dévastateurs de l’agression militaire américaine et sioniste, qui attisent les violences. Elle connaît des mutations culturelles et politiques qui ont un impact direct sur la région du Maghreb qui constitue une base arrière pour les agressions militaires et pour l’offensive néolibérale qui renforcent les replis identitaires et intégristes ;
5. l’ouverture sur le Machrek ne signifie en aucun cas l’abandon du FS Maghreb, mais bien au contraire, elle servira à son renforcement et à son enracinement dans les réalités géostratégiques de l’arc des conflits ;
6. les mouvements sociaux arabes ayant participé à l’atelier de Belem organisé par le FMAS et Alternatives Internationales avec l’appui d’ARCI, ont accueilli l’idée avec enthousiasme et sont prêts à se mobiliser pour sa réussite ;
7. le CI du FSM est intéressé par cette ouverture et porte un intérêt particulier à cette zone. La région connaît une faible participation au processus malgré le fait qu’elle soit la zone qui a mobilisé les plus vastes mouvements à travers la planète.
Afin de concrétiser cette ouverture, le Comité de Suivi du FSMaghreb a prévu l’organisation de deux journées, les 4 et 5 mai 2009, pour débattre cette question d’élargissement du mouvement et de relance d’un Forum Social de la région du Machrek et du Maghreb.
IV- LA REUNION DU CONSEIL INTERNATIONALE AU MAROC
Le CI du FSM, réuni à Belem, a décidé de tenir sa prochaine réunion au Maroc du fait de trois considérations :
- la zone est la plus proche de l’intérêt qu’il porte au mouvement social arabe et la question des guerres et de l’offensive néolibérale au Moyen Orient,
- il s’agit d’un pays africain et le prochain forum se tiendra en Afrique. Le CI est appelé à se prononcer sur le pays d’accueil pour le FSM 2011,
- le CI souhaite par sa présence renforcer la dynamique sociale que connaît la région maghrébine.
La réunion se tiendra les 6-7 et 8 Mai. Un ordre du jour a été proposé pour cette rencontre :
- une journée sera consacrée au mouvement social au Maghreb et au Machrek pour approcher leurs réalités sociales et politiques et essayera de dégager les pistes pour y lancer un processus de Forum Social ,
- 2 jours seront consacrés aux débats sur la crise financière mondiale, sur le rôle des forums sociaux, sur la stratégie des mouvements sociaux altermondialistes,
- le CI décidera du pays qui abritera le prochain forum mondial à la lumière des propositions formulées.
Il s’agit d’une grande opportunité politique et le Comité de Suivi, qui fait sienne cette initiative, souhaite en faire un évènement à la fois d’apprentissage et de rayonnement du mouvement altermondialiste.
D’autres activités parallèles peuvent être organisées, il s’agit de recueillir les propositions pour aménager l’emploi du temps et préparer la logistique nécessaire. La question de la gestion logistique et financière de cet évènement a été déléguée au secrétariat du Forum Social Maroc.
V- QUESTIONS DIVERSES
1. Le Comité de pilotage du FSMaroc a été maintenu pour remplir la fonction de secrétariat du FS Maghreb.
2. Il y lieu de réfléchir à la mise en place de procédures organisationnelles à débattre lors d’une prochaine rencontre sur la base de propositions concrètes.
VI- RECAPITULATIF DES MESURES CONCRETES A SUIVRE
1. Publier le rapport sur le processus du FSMaghreb pour le distribuer lors de la rencontre du CI et de la rencontre avec les mouvements sociaux du Machrek. Les remarques et ajouts sur le projet distribué doivent parvenir dans maximum une dizaine de jours
2. Envoyer toutes propositions à même de contribuer à l’élaboration d’un plan d’action sur la période 2009-2010, essentiellement liées aux thématiques retenues et à l’agenda régional et international, pour valider le programme d’action en marge de la réunion du CI, à savoir :
a. Le forum syndical : quand et où le tenir et avec quels moyens ?
b. La marche maghrébine des femmes pour l’égalité
c. La série de rencontres sur la résolution du conflit du Sahara.
d. La question des droits de l’homme et de la démocratie au Maghreb
e. Mouvements sociaux et forums sociaux au Maghreb : quelle mesures pour l’élargissement, l’ancrage et l’approfondissement ? Comment renforcer les solidarités intermaghrébines ? Comment donner corps à la Charte du Maghreb des Peuples ?
f. La crise financière mondiale et son impact sur la région ? Quels impacts des accords de libre-échange ?
g. Commémoration de l’appel de Tanger ? Quel bilan de l’UMA ?
h. La guerre globale et ses retombées sur la région
i. Intégrer la position des camarades mauritaniens au cas où ils seraient disposés à organiser le 2eme FSMaghreb en Mauritanie. Leur décision et proposition devrait nous parvenir dans un délai de 2 mois, soit au moment de la réunion du CI à Rabat
3. Les aspects organisationnels, communication et financements
a. Des propositions concernant le site
b. La question de la mémoire et de la production du savoir
c. Comment communiquer dans le respect de la Charte du FSM ?
d. Préparer un projet de principes de fonctionnement du Comité de Suivi du FSMaghrébin
e. Intégrer dans les programmes des organisations membres du Comité de Suivi des lignes de financement des activités du Comité de Suivi de manière à soulager la pression financière qui est faite sur le FMAS
Liste des participants du Comité du Suivi FSMaghreb
Casablanca le 20et21 Mars 2009
Prénom Nom Pays Organisation
Abderrahmen HEDHILI Tunisie LTDH
Mustapha BEN AHMED Tunisie UGTT
Fethi BEN ALI Tunisie UGTT
Saïda BEN GARRACH Tunisie ATFD
Ourida CHOUAKI Algérie Forum Social Algérie
Abdelouahab FERSAOUI Algérie RAJ
Fatima Zohra KHALED Algérie SNAPAP et Forum Social Algérie Libre
Idir Achour Algérie CLA
Mohamed Abdellahi Ould Mohamed En Fall Mauritanie Pay What You Say
Mamadou SARR Mauritanie FONADH
Hamdane Beye SAMORY Mauritanie ULTM
Ali Zaidan Libya Ligue Lybienne des Droits de l'Homme
Sliman Bouchighir Libya Ligue Lybienne des Droits de l'Homme
Moheiddine CHERBIB France FTCR
Driss El Korchi Belgique Dynamique Belge FSMagh
Aziz Mikchri Belgique SOS Migrants/Dynamique Belge FSMagh/No'oma
Fatna Afid Maroc Organisation Démocratique du Travail (ODT)
Abdesslam Benbrahim Maroc Organisation Démocratique du Travail (ODT)
Abdelkader Azraih Maroc FNARIL
Omar Radi Maroc ATTAC CADTM Maroc
Abdellah Zaazaa Maroc Réseau des Associations de Quartiers de Casablanca (RESAQ)
Hassan Dafir Maroc Réseau des Associations de Quartiers de Casablanca (RESAQ)
Touriya Lahrach Maroc Confédération Démocratique du Travail (CDT)
Said Tbel Maroc espasse associatif
Boubker Outaaadet Maroc Réseau Amazigh pour la Citoyenneté
Mohamed Benhamou Maroc Fédération Démocratique du Travaail (FDT)
Hamouda Soubhi Maroc e-joussour.net
Lahbib Kamal Maroc Observatoire des prisons/ FMAS
Mohamed Kabbaj Maroc UGTM
Lahcen Moutik Sahara Dynamique Sociale Sahraouie
Gassan Wail El Karmouni Maroc Action jeune-Fmas
Karine lacasse Maroc FMAS
Abderrahim kassou Maroc FMAS
mimoun Rahmani Maroc ATTAC
youssef Mezzi Maroc ATTAC
hourria kamal Maroc action jeunesse
Soulaimane ouali Maroc action jeunesse
Issam Moussaoui Maroc FSM
Raymond Benhaim Maroc Observateur
Khalid CHAHID Maroc FOBDEC
Montasir Sakhi Maroc e-joussour
 

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